François Fontaine

Les christs de Salvador

EN

In Salvador de Bahia the Carnival was in full swing when I decided to seek refuge in the quiet and inspiring holy sites offered by the city.

It is here, at the heart of the churches and museum of sacred art, that I realized how much the figure of Christ was prevalent and unavoidable in a country which, day after day, moved me more and more.

If the history of religions – western and oriental – has always been of interest to me, it is their depiction by mankind, in all forms of art, that facinated me.

In Salvador the exacerbated religious feeling, imported and imposed by Western colonisation and Christian civilisation, is best expressed by the the figures of Christ. Never had I seen in Europe or in any Latin American countries where I had travelled, such an array of realistic and facinating sculptures. I was particularly disturbed by the suffering and sado-masochistic aspects of these objects and I wanted to represent them as I saw them : flesh and blood figures displaying in the full light of day their physical and mental wounds.

I chose to photograph these Christs, whose carnal presence was intense, in the light that flooded them and which evoqued for me that of the Spanish golden age and the light of the Italian Caravaggios. These Christs, bloody and sublime, came in all sizes and in all colours : in wood, plaster, ivory, in silver or in gold. Sculpted by the best masters, portugese or foreign, free or enslaved, these Christs were always sublime : tortured or mutilated but always solitary and majestic. There was a sense of tragic beauty emerging from these suffering bodies and a pathetic expression which deeply affected me.

I knew that by immortalizing the Christs, it was to some extend my own wounds that I was recording on the sensitive layer of the film. To photograph this figure, when in the quest for the absolute, is to unconsciously produce a self-portrait.

François Fontaine

FR

Le carnaval battait son plein à Salvador de Bahia. Je décidai de me réfugier dans les lieux saints, calmes et inspirants, que m’offrait la ville.

C’est là, au cœur des églises et musées d’art sacré, que je réalisai combien la figure du Christ était prégnante et incontournable dans ce pays qui chaque jour me bouleversait davantage.

Si l’histoire des religions -occidentales et orientales- m’a toujours intéressée, ce sont les représentations qu’en a donné l’homme, sous toutes ses formes artistiques, qui m’ont passionné. A Salvador, ce sont les christs qui expriment le mieux le sentiment religieux exacerbé importé et imposé par la colonisation occidentale et la civilisation chrétienne.

Jamais je n’avais vu, en Europe et dans les pays d’Amérique Latine où je m’étais rendu, un tel foisonnement de sculptures aussi réalistes et fascinantes. Le dolorisme et le caractère sado-masochiste de ces objets religieux m’ont particulièrement troublé et je me suis attaché à les représenter tels qu’ils m’apparaissaient : des êtres de chair et de sang exhibant au grand jour leurs plaies physiques et mentales.

J’ai choisi de photographier ces christs, d’une intense présence charnelle, dans le respect des lumières qui les nimbaient et qui évoquaient pour moi celles du Siècle d’or espagnol et des caravagesques italiens. Ces christs, sanguinolents et sublimes, étaient de toutes les tailles et de toutes les couleurs : en bois, en plâtre, en ivoire, en argent et en or. Sculptés par de grands artistes, portugais ou étrangers, libres ou esclaves, ils étaient toujours magnifiques : torturés ou saccagés mais solitaires et majestueux.

Il se dégageait de ces corps en souffrance une beauté tragique et une expression pathétique qui m’ont profondément marqué.

Je savais qu’en immortalisant ces christs, c’était un peu de mes propres blessures que j’inscrivais sur la couche sensible de ma pellicule. Photographier le Christ, lorsque l’on est en quête d’absolu, c’est réaliser inconsciemment son autoportrait.

François Fontaine

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