François Fontaine

Les fleurs de la nuit

EN

“My laughter shattered like broken glass”

(Guillaume Apollinaire)

Madrid at night.

Hundreds of women wander the shimmering streets of the city, under the golden light of the street lamps. Like ephemeral fireflies, they walk the pavement in search of a male who would take them away, for an hour or for ever.

Perched on high heels, their bodies sheathed in glittering gowns with plunging necklines, Madrid's transexuels stroll the tarmac with their abundant and fragrant hair blowing in the wind. With wide languid gestures, they stop the passing cars and lean lecherously through the windows. Disclosing all the attire of their opulent feminity, they try in a deep and sensuous voice to arouse the desire of their future client. If some look like young blooming girls, others shamelessly display their oversized breasts, leaving behind them a dizzying felinian scent.

While on an assignement for Médecins du Monde, I photographed over several months these prostitutes in their places of work: Madrid's main street, a residential area,  a suburban square, an industrial estate, a forest. They are called Nacha, Montse, Carla, Sole, Esther, Amarilis…

What is impressive about these sex-workers who dream of being some movie-star, is their gaze, in which too often one can read indescribable signs of distress. Despite a joyous and capricious appearance, these women hide an intense loneliness. If in group they act as “The queens of the night”, when alone they are as fragile as flowers and extremely vulnerable.

Torn from an early age by this desire to belong to the other sex, they have fought their entire life to impose onto their surroundings their irreversible choice. Pasionarias in their soul, they have a thirst for freedom and are proud to display their sensual charms and their artificial forms won at such cost.

This nocturnal world in which these photogenic people evolve remains, however, closer to poetic realism than pornography. These “night flowers” are an essential reflection of the Spanish capital.

François Fontaine

FR

“Mon rire s’est brisé comme un éclat de verre”

(Guillaume Apollinaire)

Madrid, la nuit.

Des centaines de femmes errent dans les rues frémissantes de la ville, sous la lumière dorée des réverbères. Telles d’éphémères lucioles, elles arpentent le trottoir à la recherche du mâle qui les emportera ; pour une heure ou pour toujours.

Juchées sur des talons aiguilles, le corps moulé dans des robes pailletées aux décolletés renversants, les transsexuelles madrilènes déambulent sur le macadam, laissant flotter au vent leur chevelure abondante et odorante. Avec de grands gestes langoureux elles arrêtent les voitures qui passent et se penchent lascivement à leur fenêtre. Dévoilant tous les atours d’une opulente féminité, elles cherchent d’une voix grave et sensuelle à aiguiser le désir du futur client. Si certaines ressemblent à des jeunes filles en fleurs, d’autres affichent impudiquement leurs seins hypertrophiés à l’air libre, laissant derrière elles un parfum fellinien étourdissant.

En commande pour Médecins du Monde, je photographie durant des mois ces prostituées sur le lieu même où elles travaillent : une rue centrale de Madrid, un quartier résidentiel, un square de banlieue, un polygone industriel, un bois. Elles se nomment Nacha, Montse, Carla, Sole, Esther, Amarilis…

Ce qui impressionne chez ces travailleuses du sexe qui se rêvent toutes en stars de cinéma c’est leur regard dans lequel on lit trop souvent une détresse indicible. Ces femmes à l’apparence joyeuse et fantasque cachent en réalité une immense solitude. Si en groupe elles sont les « reines de la nuit », seules, elles ont la fragilité des fleurs et sont d’une vulnérabilité extrême.

Tiraillées depuis leur plus jeune âge par ce désir d’appartenance à l’autre sexe, elles se sont battues toute leur vie pour imposer à leur entourage leur choix irréversible. Pasionarias dans l’âme, elles ont soif de liberté et sont fières d’exposer leurs charmes sensuels et leurs rondeurs artificielles qu’elles ont si chèrement acquis.

L’univers nocturne dans lequel évoluent ces êtres si photogéniques reste cependant plus proche du réalisme poétique que de la pornographie.

Ces fleurs de la nuit sont un des reflets essentiels de la capitale madrilène et font partie intégrante de son identité.

François Fontaine

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