François Fontaine

L’HEURE SACRÉE

EN

« With eyes like the sun and the moon,

With blazing fire in your mouth

Heating this universe by your glorious radiance »

(Bhagavad Gîtâ)

In autumn of 2010 I travelled to India to photograph the pilgrims of one of the world's most ancient religions : Hinduism. From dawn to dusk, when light blends with the elements, I went to meet these followers, focusing my work on their gestures.  From the thousand years old Ghats in Varanasi and Haridwar, to the countless shrines of Southern India, I was at the heart of this complex and fascinating religion, trying to capture the mystic fervour that radiated from these beings and the divine breath exhaling from their temples.

During the Hindu festival of lights, called Diwali, a large number of pilgrims would stream towards the steps by the Ganges river in order to bathe in its sacred water, forming instinctively a “tableau vivant”. Their offerings made of flowers, fruits and tiny oil lamps, would drift along the water in a multitude of small flickering barges. Groups formed around an ash-coated sadhu, in a strange nocturnal assembly, as though awaking the sabbhat. Clouds of smoke from nearby cremations would curl around the trident of the Hindu ascetic, sitting on his throne like a god amongst a swarm of pilgrims in complete adoration. Surrounded by small scented flames, partly veiled women would gather in circles to mix the herbs that would later serve as offerings. Faces glowing and hands covered in stylized patterns, these squatting figures seemed hypnotized by a voluble crone who rolled her eyes and raised her hands to the sky.

At dawn or dusk, the most fervent would go to pray in the heart of odorous sanctuaries, body and face lit-up only by the reflected flames. The feverish look and lively gestures of these ardent pilgrims would, again and again, touch the bronze or stone idols, around which they would gather like a swarm of bees to better worship.

While the brahmans splashed oil on the powerful Shiva linga, the faithful worshippers would prostrate themselves, while repeating mantras. Covered in necklaces made of rosewood and silver tokens, the men's torsoes would shine in the darkness like warrior's armour. The women, carrying armloads of offerings and their body hidden under precious saris, glided swiftly on the shining slabs, like ghosts. The atmosphere in these holy places was both mystical and supernatural.

In India, the faith is taken to such a degree of intensity it disturbs as much as it fascinates.

François Fontaine

FR

« La lune et le soleil sont tes yeux.

Tel je te vois, le visage resplendissant de feu,

Ton éclat illumine le monde »

(Bhagavad Gîtâ)

À l’automne 2010, je suis parti en Inde photographier les pèlerins d’une des plus anciennes religions du monde : l’Hindouisme. À l’aube et au crépuscule, à l’heure où la lumière se confond avec les éléments, je suis allé à la rencontre de ces fidèles, focalisant mon travail sur leur gestuelle. Des ghâts millénaires de Varanasi et d’Haridwar aux innombrables sanctuaires de l’Inde méridionale, j’ai plongé au cœur de cette religion complexe et fascinante, cherchant à capter la ferveur mystique qui émanait de ces êtres et le souffle divin qui exhalait de leurs temples.

Durant la Fête des lumières, appelée Divali, les pèlerins affluaient en grand nombre sur les marches qui bordent le Gange pour s’immerger dans ses eaux sacrées, composant avec naturel de véritables tableaux vivants. Leurs offrandes faites de colliers de fleurs, de fruits et de petites lampes à huile, glissaient sur les eaux du fleuve en une multitude de petites barques scintillantes. Des groupes se formaient autour d’un sâdhu couvert de cendres en une étrange assemblée nocturne comme prête au sabbat. Les volutes de fumée des crémations voisines se propageaient par nappes autour du trident de l’ascète qui trônait tel un dieu au centre d’une nuée de fidèles en complète adoration. Cernées de petites flammes parfumées, des femmes à demi voilées se réunissaient en cercle pour mélanger les herbes qui serviraient aux futures offrandes. Le visage rougeoyant et les mains couvertes de motifs stylisés, ces êtres accroupis semblaient hypnotisés par une aïeule volubile qui roulait des yeux et levait les mains au ciel.

À l’aube ou au crépuscule, les plus fervents s’en allaient prier au cœur des sanctuaires odorants, le corps et le visage éclairé par le seul reflet des flammes. Le regard fiévreux et le geste vif ces pèlerins ardents n’avaient de cesse de toucher les idoles de pierre et de bronze, tournant autour d’elles comme un essaim d’abeilles pour mieux les adorer.

Pendant que les brahmanes aspergeaient d’huile le puissant lingam de Shiva, les fidèles passionnés se prosternaient devant lui en récitant leurs mantras. Couverts de colliers de bois de rose et de médailles argentées, les torses d’hommes luisaient dans les ténèbres telles des cuirasses de guerrier. Les femmes, les bras chargés d’offrandes et le corps dissimulé sous leurs précieux saris, glissaient sur les dalles lustrées comme des fantômes. L’atmosphère de ces lieux saints était à la fois mystique et surnaturelle.

En Inde, la foi portée à un tel degré d’intensité bouleverse autant qu’elle fascine.

François Fontaine

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